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Rezension Monde de la Musique Mai 2001 | Patrick Szersnovicz | 1. Mai 2001 Avec les quartes empilées de son premier mouvement qui paraissent avoir...

Avec les quartes empilées de son premier mouvement qui paraissent avoir directement inspiré la Première Symphonie de chambre de Schoenberg et l’incroyable audace de sa valse-cauchemar centrale, danse d’ombres d’ailleurs intitulée Schattenhaft (« emplie d’ombres »), la Septième Symphonie « Chant de la Nuit » (1904-1905) reste la plus mystérieuse, la plus complexe des symphonies de Mahler, et sans doute la plus moderne et la plus « avancée » . La controverse débute dès la tonalité à lui attribuer (mi mineur, si mineur ?), car l’introduction, indéterminée mais extrêmement riche au point de vues des tonalités, semble en contradiction avec tout ce qui sait. Les mouvements médians, qui sont tous trois, y compris le scherzo, des nocturnes descendent dans la région de la sous-dominante. Le bruyant finale, en ut majeur, rétablit apparemment l’équilibre. Mais, tout au long de l’oeuvre, l’harmonisation souvent libre et dissonante amène également la ligne mélodique à parcourir de grands intervalles dissonants. Aux modulations imperceptibles, Mahler dans la Septième Symphonie préfère les vastes et brusques changements de plan. L’harmonie ne lui sert pas à affiner le détail mais à doter le tout d’ombre et de lumière, d’effets de relief et de profondeur. Dans la Nachtmusik I et le finale, il cherche à restaurer quelque chose de ce caractère rayonnant que le simple accord parfait majeur avait depuis longtemps perdu.

Après de remarquable Cinquième et Neuvième Symphonies et de splendides Première ( « Choc » ) et Deuxième (idem), toutes quatre enregistrées « live », la firme Audite Schallplatten propose un nouvel inédit de ce cycle Mahler /Kubelik/Radio bavaroise. Plus subtil, plus libre, plus interrogatif et moins uniment fébrile que dans sa version de studio « officiel » de la Septième Symphonie avec la même orchestre (DG, 1970), Rafael Kubelik, dans cet enregistrement du 5 février 1976 réalisé à la Herkulessaal de la Résidence de Munich, concilie la gravité ( premier mouvement ), les élans visionnaires ( trois mouvements médians ) et un refus de toute redondance inutile ( finale ). Assez éloigné du romantisme déchirant de Bernstein I/New York (Sony, « Choc ») comme de la clarté analytique et de la beauté des couleurs de Haitink III/Berlin (Philips, idem), Kubelik allie l’intelligence au lyrisme. Il sait caractériser toutes les musiques, toute l’ambiguïté que l’oeuvre contient sans jamais perdre le fil du parcours, et il magnifie le détail en préservant la cohérence de la progression dramatique. Sans être partout impeccables, les instrumentistes de l’Orchestre de la Radio bavaroise répondent avec vivacité aux impulsions du chef, qui concilie les contraires avec clairvoyance.
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Rezension Monde de la Musique Décembre 2000 | Patrick Szersnovicz | 1. Dezember 2000 Passionnément admirée et commentée par Alban Berg, la Neuvième Symphonie...

Passionnément admirée et commentée par Alban Berg, la Neuvième Symphonie (été 1909) qui commence, comme on l'a souvent dit, là où se le termine Le Chant de la Terre est sans doute ce que Mahler a écrit de plus extraordinaire. Symphonie sur la mort, certes, mais non symphonie dans laquelle la mort est un souhait: on y trouve acceptation mais aussi défi, rage envers la lumière qui s'éteint, et profonde ambivalence. Son premier mouvement est la page la plus complexe et parfaite du compositeur, plus neuve que bien des compositions ultérieures de Schoenberg, Berg et Webern. Plus qu'ailleurs, les procédés techniques d'écriture épousant étroitement le contenu de la pensée musicale. L'ensemble de ce mouvement est traité mélodiquement, comme si ses quatre cent cinquante-quatre mesures n'étaient formées au fond que d'une seule et unique mélodie. Toutes les démarcations entre les périodes s'estompent ; les débuts de phrase n’excédant pas la durée d’une mesure se multiplient dans tout le mouvement. Le discours s’y ralentit légèrement, accompagné par la respiration lourde du « narrateur », l’avance presque pénible d’un récit qui porte, mesure par mesure, le fardeau de la progression symphonique.

Après une remarquable Cinquième Symphonie et une splendide Première (« Choc »), toutes deux enregistrées « live » à la Herkulessaal de la Résidence de Munich, Audite Schallplatten propose un nouvel inédit de ce cycle de concerts Mahler/Kubelik/Radio bavaroise, enregistré le 4 juin 1975 au Bunka Kaikan Concert Hall de Tokyo. Plus subtil, plus « libre » que dans son enregistrement de studio avec le même orchestre (DG), Rafael Kubelik offre une Neuvième Symphonie sobre, raffinée, exemplaire par la clarté, la mise en valeur de la complexité polyphonique et par une réflexion aiguë sur l’équilibre des tempos. Si les deux mouvements médians sont moins anguleux, oppressants que dans les deux versions de Bruno Walter ou qu’avec Klemperer, Horenstein, Ancerl, Mitropoulos, Sanderling, Abbado ou Bernstein/Concertgebouw, le sens de la respiration, de l’articulation dans l’essentiel premier mouvement et dans le finale aboutit à des résultats incisifs et étonnants, quoique bien différents et sans doute moins fiévreux que ceux des enregistrements de Barbirolli/Berlin (EMI) ou de Bernstein/Berlin (DG). Comme avec Karajan/Berlin « live » (DG, le must), mais sans atteindre le même souffle ni la même urgence visionnaire, chaque note, chaque timbre est pensé avec autant de souplesse que de rigueur, le discours traçant, dans un climat plus fantasmagorique que survolté, de longues lignes lyriques d’une poésie parfois presque minimaliste.

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