Comme Delphine Lizé, Nicolas Bringuier vient de Nice, a travaillé en Allemagne et en revient avec un disque Schumann. De la même façon que Les Français ont inventé le wagnérisme et les Allemands ont découvert Berlioz, Schumann, qui est l'expression la plus profonde du génie allemand, est particulièrement bien compris de ce côté-ci du Rhin.
Dans la Fantaisie op. 17, Nicolas Bringuier parvient à allier un geste large avec une rapidité de réaction et une agogique souple pour répondre aux sautes d'humeurs schumanniennes. Son jeu puissant porte naturellement le souffle de la musique : le pianiste épouse l'œuvre par l'esprit sans chercher à la dominer par la force. Le feu de la passion sait faire une place à l'expression poétique, lorsque le piano se met à parler et que le virtuose doit cacher tous ses artifices et laisser tomber son masque.
Dans les Scènes de la forêt, Nicolas Bringuier ne résiste pas au plaisir de tout dire. Non pour montrer sa science ou pour prouver quoi que ce soit, mais par ferveur pour le génie schumannien, ses subtilités, ses sens cachés, ses billets secrets. Mais l'intelligence de son jeu n'empêche jamais chaque pièce de s'épanouir et de livrer à l'auditeur la fraîcheur de son éclosion.
Enfin, les Fantasiestücke op. 111 ne se trouvent pas sur les mêmes cimes d'inspiration, mais Bringuier leur donne une hauteur de vue qui élargit leur horizon.