Chef-d'œuvre incontesté, Porgy and Bess mit du temps à être reconnu autrement que par le seul « Summertime»; et bien des années s'écoulèrent avant que cet opéra à nul autre pareil ne traverse les océans. La tournée européenne de 1952 et 1953 reste pour bien des mélomanes un mythe. Elle passa par Paris et son Théâtre de l'Empire, révélant l'ouvrage dans une mise en scène de Robert Breen, mais aussi une cantatrice rayonnante, Leontyne Price, vingt-six ans, beauté sauvage et voix voluptueuse. On n'avait pas la moindre trace de ces moments, et voilà qu'arrive une captation effectuée à Berlin, au Titania-Palast, en 1952. Document d'importance en dépit de sérieuses coupures : il manque en effet plus de trois quarts d'heure de musique dans cette version « sur le vif». Comment ne pas être ému par l'enthousiasme qui se dégage de chaque mesure, par la conviction des interprètes, leurs talents de comédiens, leur spontanéité? Plus qu'une simple représentation, c'est la vie qui est là, embrasant les planches, irrésistible. Price campe une Bess impétueuse, et son timbre, s'il manque de consistance dans le registre le plus grave, est un enchantement. William Warfield (qu'elle venait d'épouser) est un Porgy bonne pâte, dont le chant déborde de gentillesse (à Paris, le rôle était revenu à Le Vern Hutcherson). Tous les autres rôles sont tenus par une équipe efficace, la palme revenant au Sportin' Life swinguant du jazzman Cab Calloway. Alexander Smallens est au pupitre, comme il l'était lors de la création mondiale en 1935, et comme il le sera encore pour les extraits gravés pour RCA par Price et Warfield; sa caution rend encore plus précieux cet album édité à partir de bandes de la Radio allemande au son particulièrement présent.