Rezension Diapason No. 623 Avril 2014 | Alain Lompech | 1. April 2014 Connue sous diverses étiquettes, mais dans un son nettement moins bon que celui...
Connue sous diverses étiquettes, mais dans un son nettement moins bon que celui de cette édition - officielle, celle-Ià -, I'interprétation du Concerto en ré mineur par Clara Haskil et Otto Klemperer s'impose comme la meilleure de celles que nous a laissées la pianiste en studio ou en public, avec celle, plus sombre et inquiète, captée à Boston en 1956 avec CharIes Munch. A Lucerne, Haskil apparait plus détendue, plus rayonnante. Elle se laisse porter par I'orchestre de Klemperer plus qu'elle ne dialogue avec lui : ce sont les musiciens et le chef qui se mettent a I'écoute du chant de la pianiste et qui succombent a son charme puissant. On comprend pourquoi Tatiana Nikolaïeva a fondu en larmes quand elle a entendu la Roumaine pour la première fois a Salzbourg dans ce concerto : il y a, dans ce jeu, quelque chose de définitivement inexplicable que les anciens appelaient « le mouvement de I'âme ».
Le jeune mélomane qui ne connaitrait pas Haskil fera bien de la découvrir par ce disque qui le mettra en présence de ce grand mystère. Après quoi, il cherchera les Concertos KV 271 et KV 459 que dirige Carl Schuricht. La bande avait d'abord été publiée en microsillon (IPGDecca) par Jérôme Spyckett, biographe de la pianiste, dans une version hélas! stéréophonisée - ce qui n'est pas le cas de la nouvelle réédition, dans une excellente mono. Interprétations dans lesquelles chef et orchestre sont a I'unisson d'une Haskil sereine mais toujours sur le qui-vive, chantant d'une façon poignante et osant une vivacité de tempo (Ie finale du Fa majeur!) et une dramaturgie singulièrement différente de ses enregistrements du commerce qu'elle détestait, ceux avec Fricsay mis à part. Ce Mozart-Ià tout opératique fascine par le fond de tragique et de tristesse qui évoque le phrasé de Maria Callas (Andantino du « Jeunehomme » à partir de 5' 40") ...
Mais revenons à I'album Audite, puisqu'il est partagé avec Robert Casadesus, plus terrien, plus prosaïque, et naturellement plus combatif dans « L'Empereur ». On pourra toujours lui reprocher un son un peu raide, mais on se réjouit de retrouver le pianiste en public avec Mitropoulos dans un concerto qu'ils ont enregistré à Amsterdam pour CBS. Il y a quelque chose de merveilleux dans cette interprétation ancrée dans le commencement du XIXe siècle, et dont les perspectives nettes tracées ne sont pas empâtées par un postromantisme trop prégnant. Interprétation vive et sans gras, sans ombres, dont les menus défauts instrumentaux ne sont rien quand on voit comment I'orchestre attaque, joue, s'investit face à un piano aussi caracolant, aussi net et incisif, en rien nombriliste.
Le jeune mélomane qui ne connaitrait pas Haskil fera bien de la découvrir par ce disque qui le mettra en présence de ce grand mystère. Après quoi, il cherchera les Concertos KV 271 et KV 459 que dirige Carl Schuricht. La bande avait d'abord été publiée en microsillon (IPGDecca) par Jérôme Spyckett, biographe de la pianiste, dans une version hélas! stéréophonisée - ce qui n'est pas le cas de la nouvelle réédition, dans une excellente mono. Interprétations dans lesquelles chef et orchestre sont a I'unisson d'une Haskil sereine mais toujours sur le qui-vive, chantant d'une façon poignante et osant une vivacité de tempo (Ie finale du Fa majeur!) et une dramaturgie singulièrement différente de ses enregistrements du commerce qu'elle détestait, ceux avec Fricsay mis à part. Ce Mozart-Ià tout opératique fascine par le fond de tragique et de tristesse qui évoque le phrasé de Maria Callas (Andantino du « Jeunehomme » à partir de 5' 40") ...
Mais revenons à I'album Audite, puisqu'il est partagé avec Robert Casadesus, plus terrien, plus prosaïque, et naturellement plus combatif dans « L'Empereur ». On pourra toujours lui reprocher un son un peu raide, mais on se réjouit de retrouver le pianiste en public avec Mitropoulos dans un concerto qu'ils ont enregistré à Amsterdam pour CBS. Il y a quelque chose de merveilleux dans cette interprétation ancrée dans le commencement du XIXe siècle, et dont les perspectives nettes tracées ne sont pas empâtées par un postromantisme trop prégnant. Interprétation vive et sans gras, sans ombres, dont les menus défauts instrumentaux ne sont rien quand on voit comment I'orchestre attaque, joue, s'investit face à un piano aussi caracolant, aussi net et incisif, en rien nombriliste.