Admirée par Wagner à qui Liszt la dédia officieusement, l'imposante Dante-Symphonie est restée dans l'ombre de sa soeur jumelle la Faust-Symphonie. A cause de son sujet, moins grand public, mais aussi de l'âpreté sans concession de son orchestre.
Kirill Karabits et les forces de Weimar – ville dans laquelle l'oeuvre fut écrite en 1855-1856 –prennent à bras-le-corps cette fresque où épouvante, angoisse et rédemption se succèdent. L'Enfer qui ouvre les hostilités e toute la férocité mais aussi, dans l'épisode central évoquant la passion funeste de Francesca et Paolo, toute l'effusion requises. On frémit au marcato molto grimaçant des altos à 16' 16", au rinforzando sinistre des contrebasses à 19' 21". Dans le Purgatoire, où tenir l'auditeur en haleine est déjà plus difficile, Karabits emporte l'adhésion par le relief de ses clairs-obscurs, une dramaturgie alliant éloquence et retenue. Négociée d'une main aussi ferme, l'entrée dans le Magnificat nous console du renoncement de Liszt à peindre le Paradis.
Si la Staatskapelle de Weimar ne possède pas tout à fait les timbres de celle de Dresde avec Sinopoli (DG), ce menu handicap est compensé par une prise de son à grand spectacle qui, à défaut d'enchanter vos voisins, vous flanquera la chair de poule dans le vortex de l'Enfer. Exposant ses interprètes à une concurrence plus redoutable encore, Tasso voit Karabits tenir la dragée haute à Masur, Sinopoli, Karajan, Golovanov et Silvestri, ne s'inclinant d'une très courte tête que dans le Trionfo conclusif. L'enregistrement en première mondiale de Künstlerfestzug zur Schillerfeier (1859), pesante page de circonstance pour l'inauguration du monument élevé par Weimar à la gloire de Goethe et Schiller, a valeur de simple curiosité.