Transférées pour la première fois depuis les bandes originelles conservées par la Radio allemande, ces interprétations sonnent mieux que dans les reports dont on disposait jusque-là. Certes tout est connu – le Concerto en ré mineur de 1954, inédit en CD, a existé en microsillon –, mais révélé dans un son étonnant de clarté; les aigus du piano laissent passer ce qui fait la chair même du son limpide et incarné de Clara Haskil.
Dirigé d'une façon admirable en tout point par Dean Dixon, le Concerto n° 4 de Beethoven est le meilleur de ceux que l'on possède de la musicienne, et l'un des rares qui puissent tenir face à Kempff/ Van Kempen (DG). Plus les années passent et plus son Mozart singulier reprend de la vigueur, pour s'imposer, bien au-delà des querelles stylistiques, comme le grand modèle que n'ont fait qu'approcher ses contemporains Edwin Fischer, Arthur Rubinstein et Arthur Schnabel. Tant de naturel, de fluidité, d'emportements soudains, tant de virtuosité ailée et parfois féroce (en public plus qu'en studio), tant de vocalité dictant sa loi à des orchestres sous le charme puissant d'un jeu si sobrement intense étaient la marque de fabrique d'une pianiste romantique fort heureusement égarée chez Mozart.