Les Mandelring se sont lancés dans une exploration du répertoire français pleine de surprises. Après avoirrapproché le quatuor de Fernand de La Tombelle du chef-d’œuvre achevé huit ans plus tard par Ravel (cf. no 702), ils ont choisi d’inscrire dans le sillage de celui de Debussy deux quatuors de Jean Rivier, postérieurs de plusieurs décennies et qui reçoivent ici leur premier enregistrement. La perfection des équilibres et le trait effilé de la formation allemande font merveille dans l’Assez vif et bien rythmé de l’aîné, dont l’effervescence rythmique est formidablement rendue, comme dans la seconde section du finale, Très mouvementé et avec passion, aux lignes fermement dessinées. Il reste que la tension du discours peine à se desserrer dans l’Andantino, qui gagnerait à un peu plus de souplesse dans le phrasé.
Cette clarté vive donne une belle assurance au premier essai (1924) de Rivier, alors élève du violoncelliste Bazelaire au Conservatoire. Le contrepoint de l’Andantino initial est tracé d’un archet pointu et volontaire, l’Assez vif et très rythmé affirme sans rougir son double héritage ravélien et debussyste. Si les Mandelring y lâchent un peu la bride, c’est pour mieux la reprendre dans l’Andante espressivo, dont l’urgence douloureuse contamine un finale au giocoso grimaçant. Ce violoncelle qui se retrouve seul, comme désemparé, est-ce le jeune soldat Rivier, qui a vu tous ses camarades périr gazés dans les tranchées ?
Le Quatuor no 2 (1940), ramassé en trois mouvements, nous transporte d’une guerre à l’autre. Après l’insouciance relative du Moderato e grazioso, où semble passer l’ombre de Bartok, le Lento transpire progressivement l’angoisse – les Mandelring traduisent à la perfection les « violent » qui ponctuent la partition. Il se referme sur un abattement total, qui tranche avec l’énergie déployée dans le finale. Cette conclusion railleuse, alternant jovialité de façade et bouffées de cynisme, affiche une ironie noire au rictus très honeggérien.