Rezension Diapason Décembre 2000 | Katia Choquer | December 1, 2000 Captée lors d’un concert en 1982, cette Symphonie n° 2 par Kubelik est un...
Captée lors d’un concert en 1982, cette Symphonie n° 2 par Kubelik est un intéressant témoignage sur l’évolution de la vision mahlérienne du chef. Celui-ci avait en effet gravé l’œuvre pour Deutsche Grammophon en 1969, avec le même orchestre qu’il dirigea pendant dix-huit ans et Edith Mathis. La distribution est donc quasiment identique, et pourtant, le résultat n’a rien de comparable. Le temps et l’âge semblent avoir estompé ces angles tranchants, cette urgence fébrile qui caractérisaient les interprétations de Kubelik. Non que le chef se soit assagi ou ait affadi son propos. Sa lecture est toujours empreinte d’un sens tragique remarquable mais il est désormais moins vindicatif. Le musicien interroge plus qu’il n’assène. Cela, en jouant sur une dynamique en perpétuel changement, sur l’ampleur impressionnante d’un orchestre titanesque, sur la densité des coloris déployés. Souvent on frôle le chaos. L’inquiétude, quant à elle, est omniprésente même dans les passages élégiaques. Le Mahler de Kubelik n’esquisse que de vague sourires, son visage est marqué par le désarroi. A peine croit-il à cette résurrection qu’il espère, sublime, aidé en cela par deux magnifiques chanteuses. Cette lecture vient donc ajouter une autre voix aux indispensables que sont les versions Walter (1985), Klemperer (1951) ou Mehta (1975) et nous fait redécouvrir un grand chef mahlérien.