Thomas Sanderling a gardé des contacts privilégiés avec cette Russie dans laquelle son père s'était installé pour fuir le nazisme quand elle était encore soviétique. Seulement voilà : quand le grand Kurt enregistrait avec le Philharmonique de Leningrad, ville où Thomas a grandi, le fils doit se contenter d'une phalange solide mais sans génie comme celle de Novosibirsk, orchestre sibérien auquel son chef Arnold Katz a donné un niveau plus qu'honorable sans jamais percer jusqu'à la classe A. Une bonne surprise n'est jamais exclue, et Thomas Sanderling nous en a déjà réservé au disque, que ce soit dans la 6e de Mahler ou en nous faisant découvrir des répertoires rares comme les symphonies de Karl Weigl, mais ici, la déception l'emporte.
On est bien disposé dans le premier mouvement de la Symphonie n° 5 de Prokofiev, construit avec une ampleur épique qui laisse se déployer le chant des cordes. L'enregistrement fait naître une impression d'espace, avec un beau respect des plans sonores, mais aussi plus d'architecture germanique que d'âpreté russe. La grandiose péroraison ne cloue pas l'auditeur à son fauteuil comme elle le devrait. Si le deuxième mouvement ne manque aucune intervention de la percussion, le ton n'est pas assez narquois, et les rythmes sont lisibles mais peu incisifs. On prend alors conscience que l'orchestre possède une discipline collective enviable, mais manque de finesse et de variété. D'excellente facture, la progression du mouvement lent est le meilleur moment du disque, le finale tombant dans une mollesse qui sera tout simplement rédhibitoire dans le Roméo et Juliette de Tchaïkovski, phrasé sans faute de goût mais sans nerf ni caractère, dépourvu de toute dramaturgie.