Point de spectaculaire nouveauté discographique à l'orgue, en cette fin de bicentenaire Schumann. Audite ressort de ses cartons Andreas Rothkopf, qui impose un ton dramatique, vigoureux, contrasté ; une palette qui utilise toutes les richesses (jusqu'au rare Physharmonica) du Walcker de Hoffenheim ; un jeu qui ne cherche pas à singer le piano-pédalier mais traite l'ensemble, même les Opus 56 et 58, comme des pièces d'orgue. Le risque est bien assumé pour les Esquisses, toniques et comme ravivées. En revanche, quelques tics d'organiste, dont le plus voyant est la confusion entre respiration de phrasé et coupure suspensive, nuisent au raffinement des études et à la tension formelle des fugues.
Nous n'oserions même parler de phrasé ni de forme à propos du disque de Georges Bessonnet. Cette lecture hésitante (Etude n° 2, Fugue n° 6), aux articulations indécises (Esquisse n° 1), ne s'embarrasse pas de détails : une grosse anche est tirée en plein milieu d'un motif à la fin de l'Esquisse n° 3, dont les octaves de main gauche sont par ailleurs à peine effleurées. Elle ne s'embarrasse pas non plus d'analyse : le rubato, comment dire...expérimental, dans l'Opus 56, semble avoir oublié qu'un canon n'est pas une simple mélodie accompagnée ; l'effet cumulatif de la fin de la Fugue n° 4 est joué comme si Schumann, à court d'inspiration, en était réduit à se répéter sottement ; quant à la rythmique complexe des contre-sujets de la Fugue n° 6, elle est victime d'une apparente inaptitude à juxtaposer deux noires et un triolet. Surprise : la seule pièce à peu près impeccable est la redoutable Fugue n° 5 – Bessonnet aurait-il commis l'erreur de sous-estimer les embûches, moins évidentes, des autres pièces ?
Discographie par conséquent inchangée : mis à part Olivier Latry (BMG) devenu introuvable, restent Bruno Morin (Triton) et depuis peu, pour l'Opus 60, Pierre Farago (Calliope).