Rezension
Diapason N° 591 Mai 2011 | Patrick Szersnovicz | May 1, 2011
Bela Bartok
«Dans une partition, je m'attaque d'abord au passage le plus faible et c'est à partir de là que je donne forme à l'ensemble», disait Ferenc Fricsay (1914-1963), dont la qualité première était J'évidence. Le coffret Audite reprend des enregistrements réalisés dans les conditions du studio à la Jesus Christus Kirche de Berlin par la RIAS entre 1950 et 1953, inédits au disque à l'exception des Deux portraits, de la Suite de danses et de la Cantata profana, déjà parus chez DG. Dans cette fresque sublime, l'intime fusion de l'orchestre et du double chœur (ici en allemand) a rarement sonné de façon aussi expressive. A la voix brillante de Krebs répond la supplication de Fischer-Dieskau, rude et subtile.
Tout aussi électrisante, et bénéficiant d'une étonnante clarté des attaques, est la Musique pour cordes, percussion et célesta captée le 14 octobre 1952, au minutage plus généreux que la version de juin 1953 (DG). Inspiré de bout en bout, Fricsay souligne chaque incise tout en privilégiant la continuité, l'ampleur de respiration, l'airain des rythmes et un éclairage polyphonique d'une extrême sensibilité. Vertus précieuses dans la Suite de danses captée le 10 juin 1953 comme dans le Divertimento pour cordes (live du 11 février 1952).
Un rien distant, Fricsay souligne moins les inflexions «hungarisantes» du Concerto pour violon n° 2 (avec Tibor Varga, 1951) que lors de l'enregistrement avec les Berliner Philharmoniker (DG, 1951), tandis que les qualités poétiques et analytiques de la version «officielle» du Concerto pour piano n° 2 avec Geza Anda (DG ou Philips, 1959) ne sont pas tout à fait égalées. Andor Foldes dans la Rhapsodie pour piano et orchestre (studio, 12 décembre 1951) et plus encore Louis Kentner dans le Concerto n° 3 (live, 16 janvier 1950) semblent en revanche aller plus loin dans la simplicité lumineuse. Inégal, donc. Mais à ce niveau, et avec une telle qualité sonore: indispensable!