Deuxième étape (cf n° 622 pour le Volume 1) de ce qui s'impose comme un des cycles Schumann majeurs des années récentes. Il n'en a pourtant pas manqué, pour des résultats parfois totalement opposés - Venzago versus Dausgaard, par exemple. Une approche volontaire, pensée une nouvelle fois par Heinz Holliger en accordant une confiance totale à l'orchestre schumannien. Mais avec une agilité et une clarté chambristes, une fièvre disciplinée, un allègement général qui dès le Sostenuto assai de la Symphonie n° 2 modifient la perception habituelle.
Ruptures, surprises, exaltations, ivresse: il y a tout cela dans l'Allegro ma non troppo qui s'y enchaîne (on les retrouvera dans l'Allegro molto vivace final). Reposant sur un art des contrastes et une recherche d'équilibre très élaborés, il dégage un paysage sonore plus précis et varié à la fois, plus aéré que dans les gravures « romantiques » usuelles (brahmsiennes, en vérité: la contagion s'est opérée à rebours), créant ainsi une autre poétique. Le Scherzo revient à des origines classiques, allègres, dansantes, l'Adagio espressivo est étranger à tout pathos. On aime le grand geste processionnel auquel certains s'abandonnent ici – Leopold Stokowski, par exemple. Mais on admire tout autant, dans une esthétique et des moyens ô combien éloignés, le dialogue différencié, la légèreté et la fraîcheur que Holliger obtient d'un orchestre très réactif... sans d'ailleurs renoncer à une certaine élégance (la noblesse vraie de la fin du dernier mouvement).
La « Rhénane » confirme ce rééquilibrage au profit des bois, cordes agiles et dégraissées, effectif resserré. Ce n'est plus le Rhin à son plus large et majestueux, mais à sa source, jaillissant, changeant. Les Lebhaft remontent ainsi aux sources du romantisme. Un sourire imprègne le Scherzo (écoutez bien les bois, et l'évidence des équilibres), le Nicht Schnell devient une rêverie intime mais toujours allante. Et la proximité d'approche du Feierlich avec l'Adagio de la Symphonie n° 2 est frappante. Une magnifique réussite.