Jusqu'à présent, les interprétations de Hans-Eberhard Ross ont été marquées par l'inconstance de leur niveau : une intégrale Franck globalement très honorable quoiqu'entachée de curieuses scories (cf. n° 612) ; une autre des symphonies de Vierne où l'excès touche à la caricature (cf. nos 622, 642). Le rapprochement qu'il effectue aujourd'hui entre les sonates de Bach et celles de Mendelssohn, se justifie – selon lui – par leur destination pédagogique. Les croiser manifeste davantage, à vrai dire, leur écart que leur proximité. La démarche, ainsi, est plus intellectuelle que musicale, ce que traduit un texte de présentation plus cuistre que convaincant.
Il en va de même des partis pris d'interprétation : des Sonates en trio mécaniques, dont l'ornementation ajoutée, souvent incongrue et toujours inexpressive, vient ternir le texte plus que le rehausser ; un Opus 65 bousculé, comme en témoignent les finales des Sonates nos 3 et 6 ; des décrets dogmatiquement proclamés (par exemple « dans le troisième mouvement [de la no 4], le soprano devrait être joué sur un clavier séparé ») démentis par la logique de la forme musicale, Ross étant amené dans cet exemple à modifier la réexposition ; des articulations et répétitions de notes caricaturales, dignes des éditions de Marcel Dupré.
Si cet enregistrement voulait avant tout démontrer les qualités de souplesse et d'expressivité de l'orgue de Memmingen, il serait un indiscutable succès ; quant aux qualités de son titulaire, dont la tenue rythmique n'est certes prise en défaut qu'une fois dans le finale de la BWV 527, elles ne vont pas dans le même sens.