Les concertos pour violoncelle de Chostakovitch partagent le même sort que ses deux pour violon et ses deux pour piano : le premier est resté nettement plus prisé que le second. Sous la baguette très attentive de Lawrence Foster, Marc Coppey aborde l'Opus 107 (1959) avec une volonté d'introspecion et un refus du spectaculaire assez personnels. Creusant en profondeur le texte dans les passages intimes et méditatifs du Moderato, il semble s'y épanouir davantage que dans la fébrilité à la fois tragique et burlesque de l'Allegretto initial ou dans la virtuosité du finale. A tout instant, son archet sait débusquer des accents rares, et non uniment amers, acides ou désespérés, notamment dans les dialogues avec le cor ou dans la cadence, dune bluffante intensité.
Dans l'itinéraire labyrinthique de l'Opus 126 (1966), sans doute l'oeuvre concertante la plus riche et inspirée de Chostakovitch, le jeu du soliste parait parfois corseté par sa propre rigueur, son aspect introverti. Il agit pourtant en éveilleur d'idées, éloquentes et précises, amplifiées ou abrégées, contredites par l'engagement, la véhémence d'un orchestre n'évitant pas toujours de brouiller les pistes – quelle énergie dans les rangs du solide Orchestre de la Radio nationale polonaise ! Les amateurs de stricte objectivité n'y trouveront pas leur compte, interloqués par tel détail, tel ralenti, tel phrasé. Le Largo initial tour à tour méditatif et effervescent, le « second degré » de la danse du volet central, la violente dramaturgie du finale gagnent cependant jusqu'aux ultimes mesures, ici an-nonciatrices comme jamais de celles de la Symphonie n° 15, une continuité, voire une cohérence inattendues.