La Messe en la bémol (1828), chef-d'œuvre de synthèse spirituelle et musicale, jouit d'une discographie luxueuse, presque idéale ; à elle seule, la Radio bavaroise en a fourni deux des interprétations les plus abouties, sous Sawallisch (Emi) puis Giulini (Sony) : à la justesse perpétuelle de ton, fruit d'une approche souple et ductile du premier a répondu la vision très creusée, parfaitement unifiée, du second. Ce live capté quelques années plus tôt ne peut prétendre à une telle postérité, fût-il offert dans un nouveau son, en SACD. Bien installé dans son règne munichois (1961-1979), Kubelik ose une option très personnelle, aérée et articulée, mais qui pose davantage de questions qu'elle n'en résout. Ainsi dès l'entame, cette Messe oppose à l'oreille son esthétique tout en petites césures : pour autant la phrase respire-t-elle, vit-elle vraiment ? Plus loin (Gloria), pourquoi le chœur, qui bonifiera en quelques décennies, propose-t-il ces « Glorificamus te » si verticaux, statiques ? Et nous passons sur le jeu des cordes, étonnamment plus rêches que soyeuses, des fugues par trop empesées ou heurtées, l'intonation un peu problématique (« Miserere » !). Jour sans ? Ce serait occulter les rais de lumière qui traversent de part en part la lecture de Kubelik, comme dans le thème en croix de l'Agnus Dei, qui esquisse des reliefs choraux saisissants (le pupitre de mezzos !). Et le plateau de solistes, bien que peu sollicité dans cette œuvre, est d'une maîtrise remarquable.