Les dates de ces concerts inédits nous ramènent à une époque de relatif consensus interprétatif, antérieure en tout cas à l'irruption des « nouveaux beethovéniens ». Le phrasé, le poids, la densité que met Kubelik dans l'Adagio molto de la 2e suffisent pour s'en convaincre. Un chef up to date recourrait sans doute aujourd'hui à un autre type d'articulation, d'accent, de rebond rythmique. Ce qui n'aurait rien que de très normal, puisque, depuis, notre regard s'est déplacé. Mais voilà : dès l'entrée de l'Allegro con brio, dont il souligne le rythme en frappant du pied, Kubelik s'envole sans rien perdre de sa chaleur. Et, durant toute l'exécution, les phrasés espressivo incarnent une narration toute de vie et de relief, dont la combativité résulte d'une volonté expressive subtilement retranscrite par un orchestre réactif, et non d'une simple mécanique de la dynamique. Les deux derniers mouvements, très enlevés, pugnaces, sont d'une vivacité exubérante, Kubelik embrasant la fin de l'Allegro molto - ce à quoi le public parisien (le concert a été enregistré en 1971 au Théâtre des Champs-Elysées) répond avec élan.
La « Pastorale » revient à plus de classicisme. Mais la continuité de la pulsation, la flamme intérieure jamais démentie, la façon dont le quatuor porte la narration, la luminosité de la polyphonie, toutes ces caractéristiques vibrent avec une nécessité plus grande que dans l'enregistrement studio DG de 1973, avec l'Orchestre de Paris (dans le cadre de son intégrale Beethoven à neuf orchestres, cet ensemble est en cours de reparution en collection allemande « 2 CD »). Plus généralement, les deux exécutions soulignent la force de l'entente qui unit Kubelik à son orchestre bavarois – ressort important de la spontanéité humaniste de ces lectures –, et combien la présence du public peut susciter chez le grand chef une inspiration renouvelée, ce qu'a bien montré le cycle Mahler entrepris chez le même éditeur (d'autres Beethoven en concert existent sous sa baguette).
S'essayant à cette mise en perspective, il n'est pas question de suggérer de revenir à un passé qui serait forcément « supérieur » ; chaque époque, par grands cycles, produit ses propres vérités. Mais, par comparaison, ces documents mettent en lumière ce qui, chez certains « nouveaux beethovéniens », sépare parfois le discours affiché du passage à l'acte... alors qu'ils dénient parfois imprudemment la présence chez leurs grands aînés de ce qu'eux-mêmes tentent de réinventer.