Le méconnu Trio pour clarinette, violoncelle et piano op. 114 et les deux magnifiques Sonates pour clarinette et piano op. 120 parachèvent en 1891 et en 1894, avec le plus célèbre Quintette pour clarinette et cordes op. 115, la création instrumentale de Brahms. Usant de métamorphoses structurelles qui annoncent le principe de variation continue bientôt cher a Schoenberg, Brahms invente dans son Trio op 114 une « prose musicale » ou la maîtrise architecturale génère une rhétorique neuve Contrairement a la musique de chambre avec clavier antérieure de Brahms, ce n’est pas le piano qui domine mais plutôt la clarinette – ou l’alto, dans la deuxième instrumentation prévue par le compositeur dans les Sonates op 120 Chacune des sonates a son profil expressif, la Première, celle en fa mineur, offrant une invention mélodique digne d’un des plus grands duos composes par Brahms, la Première Sonate pour violon et piano dite «Regensonate».
Bien accompagné par Frances Renzi, le clarinettiste Arthur Campbell ne détrône pas dans les Sonates op 120 les rares références du passe (Kell/Horszowski, Wlach/Demus, Leister/Demus, De Peyer/Barenboim, Portal/Pludermacher) ni même des versions plus récentes (Leister/Oppitz, Frost/ Pontinen), mais il fait montre d’un souci du phrase brahmsien et rend justice a la melancolie des transitions, a la liberté mélodique comme a l’incessante imagination rythmique du vieux Brahms Maigre de belles in flexions, un jeu d’ensemble remarquable et une certaine recherche de la perfection plastique, l’interprétation du Trio en la mineur avec Daniel Raclot et Jean-Pascal Meyer manque un peu d’originalité, d’intensité et de profondeur.