Rezension Diapason Juin 2009, N° 570 | Thierry Soveaux | June 1, 2009 Ces documents témoignent d’un chef qui n’a pas encore forgé son idéal...
Ces documents témoignent d’un chef qui n’a pas encore forgé son idéal sonore et musical. En 1953, Furtwängler est toujours patron du Philharmonique, et rien ne laisse vraiment augurer de sa mort prochaine, qui surviendra pourtant une dizaine de mois plus tard. Déjà prétendant au poste suprême, Karajan choisit l'« Eroica » pour son premier concert berlinois d'après-guerre. Sa direction laisse perplexe par l'incertitude qui s'en dégage: comment concilier, en effet, l'esprit musical de Furtwängler avec une tradition plus latine héritière de Toscanini mais aussi de Victor De Sabata, son chef favori ? Il ne parvient pas encore à cette étonnante hybridation entre mysticisme extatique et précision. Les attaques manquent de franchise et ce, dès le premier accord en mi bémol, étrangement flou. D'autre part, on sait que Karajan dirigeait les yeux fermés et que cette absence de communication visuelle perturbait beaucoup l'orchestre ; cela explique les dérapages qui parcourent les mouvements successifs.
La 9e est plus affirmée, mais le discours musical manque encore de stabilité, de vraie ligne directrice; le phrasé se place davantage dans le registre de la séduction supposée plutôt que dans celui de l'émotion. Ainsi, le geste oscille entre une certaine nervosité qui frise parfois l'hystérie et une suavité trop calculée. Et puis vents et bois peu assurés font toujours preuve d'imprécision. Le chœur montre quelques insuffisances mais la voix lumineuse de Grümmer ne peut laisser indifférent. Böhm, Fricsay ou Jochum (DG), dans le même répertoire et à la même époque, tiraient un meilleur parti de cette sonorité, drue, toujours très dense de l'après-Furtwängler. Pour Karajan, il faudra attendre encore un peu.
La 9e est plus affirmée, mais le discours musical manque encore de stabilité, de vraie ligne directrice; le phrasé se place davantage dans le registre de la séduction supposée plutôt que dans celui de l'émotion. Ainsi, le geste oscille entre une certaine nervosité qui frise parfois l'hystérie et une suavité trop calculée. Et puis vents et bois peu assurés font toujours preuve d'imprécision. Le chœur montre quelques insuffisances mais la voix lumineuse de Grümmer ne peut laisser indifférent. Böhm, Fricsay ou Jochum (DG), dans le même répertoire et à la même époque, tiraient un meilleur parti de cette sonorité, drue, toujours très dense de l'après-Furtwängler. Pour Karajan, il faudra attendre encore un peu.