Beauprogramme, qui reflète la période (environ de 1908 à 1921) la plus féconde et prospective de Zoltan Kodaly, celle où, forte de la découverte de Debussy et de la collecte, avec son ami Bartok, de chants paysans de Hongrie et de Roumanie, son activité créatrice se concentre surla musiquede chambre et se lance dans l’exploration d’un langage neuf.
Premier chef-d’œuvre du genre depuis les Suites de Bach, la prodigieuse Sonate pour violoncelle seul op. 8 (1915) révèle une utilisation toute personnelle de la forme sonate et une exploitation proprement fabuleuse des ressources expressives et techniques de l’instrument : il n’est pas étonnant qu’elle ait servi d’étalon aux meilleures pages pour violoncelle seul écrites plus tard par Ligeti, Zimmermann, Xenakis, Berio et quelques autres. Marc Coppey en offre une interprétation austère. La volonté d’introspection et le refus du spectaculaire deviennent ici un défi, tant l’œuvre semble réclamer la flamboyance virtuose la plus éclatante, assumée et intégrée dans des versions légendaires (Starker, Fournier, Perényi) comme dans des références plus récentes (Mørk, Phillips). Mais notre violoncelliste strasbourgeois, s’astreignant à un rigoureux respect de la lettre, insuffle une intensité très convaincante dans les trois mouvements puissamment architecturés.
Tout aussi économe d’effets, l’approche de la Sonate op. 4 (1909) avec le pianiste Matan Porat apporte son lot de détente et de fantaisie, fascinant paradoxe s’agissant d’une partition aussiramassée, pétrie d’invention, d’ambiguïtés tonales et rythmiques. Ce climat poétique et d’une grande beauté lyrique trouve un prolongement dans la brève Sonatine (mouvement peut-être originellement destiné à la sonate précédente), tandis que les trois mouvements du Duo op. 7 (1914) nous ramènent à l’ampleur et à la substance de l’Opus 8, épanouies en un magnifique contrepoint linéaire. Marc Coppey et l’excellent violoniste hongrois Barnabas Kelemen, malgré leur flexibilité de diction, privilégient l’aspect anguleux et l’extrême modernité de l’écriture davantage que son côté rhapsodique.